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9 crimes (sienna)

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MessageSujet: 9 crimes (sienna)   Dim 26 Oct - 22:49

Leave me out with the waste this is not what I do. It's the wrong kind of place To be thinking of you. It's the wrong time For somebody new. It's a small crime And I've got no excuse. Is that alright with you? Give my gun away when it's loaded that alright with you?
Rien ne tourne rond chez Anastasia. Ce n'est qu'une danseuse anéantie. Il y a beaucoup trop de cassures chez elle. Son regard n'est que le reflet des ténèbres. Il y a ce corps squelettique qu'elle ne contrôle plus. C'est un assemblage trop capricieux qui roule et déroule dans tous les sens. Parfois, la ballerine voudrait remonter le temps et saisir la grande aiguille pour réparer ses erreurs. Elle se dit que cela serait plus simple de rentrer dans les rangs exigés par son tyran de mère. Puis la seconde qui dévale ensuite vient ramener son esprit léthargique à la réalité. Elle ne peut se résoudre à entrer dans le jeu de sa génitrice. Anastasia, c'est devenue qu'une insolente dont la seule certitude est qu'elle n'a plus grand chose de son côté. Andreas n'en a que faire de son regard triste et de ses lèvres suppliantes parfois. Il a engrangé le pire sans s'en rendre compte et ne le réalise qu'à moitié. Il se cache derrière l'excuse répugnante de son mariage et l'éducation de sa petite fille. Le tableau dépeint d'une famille parfaite alors qu'elle sent l'hypocrisie et le mensonge de loin.  A certains moments, la danseuse veut rire au visage de l'avocat.  Elle rêve de percer la bleuté de son regard pour lui faire comprendre qu'il ne peut pas agir tel un marionnettiste sur son corps. Il n'a pas le droit d'exiger, d'obtenir et de partir ensuite. Lâche au possible, il vient soulever le cœur de sa pauvre stagiaire à chaque fois. Le monde d'Anastasia s'écroule de seconde en seconde et elle est suffisamment stupide pour creuser davantage le trou dans lequel son corps va finir. Même Sienna, sa meilleure alliée, est affichée sur le tableau des souvenirs un brin trop douloureux.  Elle se souvient encore de leurs retrouvailles. Un moment que la danseuse refuse d'accepter. Cela ne ressemblait en rien à leur amitié et tout ce que les deux ont pu incarner. Avant, elles étaient des alliées et une sorte d'entité que personne ne pouvait briser. Anastasia avait trouvé sa bouée de sauvetage et une raison de s'accrocher à cette existence dépravée et désarticulée. Mais il ne reste plus rien de tout cela. Ce n'est qu'une accumulation de déceptions qui suffit à faire lâcher prise à la danseuse. Elle déteste cette brune trop vulgaire parfois qui a laissé un vacarme fou dans son esprit. Même en fermant les yeux, cela ne suffit pas à calmer les maux qui se sont enroulés autour de son cœur. Un organe bien abîmé à présent, qui ne bat qu'à moitié. Seule dans sa grande maison, elle se dit que c'est ironique. Les apparences laissent sous entendre qu'elle a tout pour être heureuse. La liste est complète : de l'argent, des parents soit disant aimant, un travail que beaucoup voudraient, un physique dont les autres s'enticheraient bien. Les points peuvent se succéder mais cela ne permet pas à l'intéressée d'y croire. Sa vie, elle est pourrie, il n'y a hélas pas d'explications supplémentaires à donner. Cela dure depuis trop longtemps et la ballerine ne se sent plus assez forte pour mentir. L'alcool gomme ses craintes comme les coups de crayon effacés sur une feuille blanche. Il paraît que cela aide quelques heures mais elle comprend à chaque réveil que la réalité est venue au galop beaucoup trop vite. Au final, c'est à se demander comment Anastasia tient encore debout. C'est bancale de partout et son corps trop maigre en atteste.  Même sa façon de trembler en fumant sa cigarette souligne à quel point la folie vient dégouliner de part et d'autre de son âme. Et rien n'y fait ; rien ne change. Elle subit pour mieux assassiner les autres de ses mots et de ses regards. Anastasia se dit qu'en s'armant de violence et d'insolence, les gens autour auront aussi un peu mal. Juste un peu pour créer un relais chez elle et faire que durant quelques heures, sa peine s'envole dans les airs, comme une âme enfin libre.

Chez la danseuse, la vengeance est venue s'imposer depuis quelques temps. Elle veut faire mal aux autres et en anéantir certains. Sur sa liste, le prénom en tête est celui de Sienna. Ancienne meilleure amie, à présent reléguée au rang d'inconnue. Elle se dit qu'il y a un épisode qui a sauté. Le fil a fini par se décrocher et plus rien fonctionne à l'endroit. Ses pensées s'égarent trop souvent vers la demoiselle à la chevelure d'ébène et aux yeux cendrés. Elle persiste à croire que c'est trop facile de partir, de continuer sa vie comme si le monde tournait normalement et revenir ensuite en pensant retrouver sa place. Celle qu'occupait Sienna auprès de la ballerine n'existe plus. Depuis qu'elle est partie sans une explication, elle n'existe plus aux yeux d'Anastasia. C'est aussi simple que cela. Des mois durant, elle a tenté de retrouver sa trace. Elle a fini par perdre espoir et même de penser au pire. Elle a alors laissé un stylo se coincer entre ses phalanges rachitiques. Des mots alignés sur des feuilles trop blanches en guise d’ode à une amitié déchirée. Des lettres que jamais Anastasia ne pensait ressortir. Malgré tout, l'une d'entre elles vient trôner sur la table basse. C'est sans doute la pire de toute. De la prose pour amener son désespoir à s'étaler face au monde entier et surtout face à Sienna. Le plan de la ballerine a pu mûrir dans son esprit fracturé depuis leurs retrouvailles. Elle sait que cela va marcher. Sienna va venir ici, persuadée qu'une soirée gigantesque est organisée. Elle va trouver une Anastasia seule et plus insolente que jamais. Des questions vont naître dans son esprit et les seules réponses qu'elle va avoir, ce seront des mots qui vont semer le chaos et amener la ballerine à jubiler. La vengeance est un plat qui se mange froid et avec elle, il devient même glacé. Quand elle entend la sonnerie de la porte d'entrée, une ombre carnassière vient se déployer sur les traits pointus de son visage. Elle replace sa robe bien trop courte. Ses cheveux ne sont qu'un amas de mèches dorées qui se mêlent à une couleur ébène. Son index passe près de ses lèvres et elle s'avance, la démarche assurée, pour ouvrir et accueillir son hôte. Quand elle voit l'intéressée sous ses yeux, c'est la même mimique qui détonne.  Elle a mal au cœur et n'en connaît pas la cause exacte. Elle sourit parce que la danseuse a appris à le faire même sans une envie réelle. Elle se recule sur le côté et laisse le passage s'ouvrir pour son amie. Anastasia entend un clic, un clac, et deux autres clics. Le bruit des talons aiguisés de la diablesse qui fait son entrée. Elle suit la démarche de ses courbes et s'avance dans le grand salon. La pièce est immense et le semble encore plus alors qu'elles ne sont que deux. Il n'y a pas une note de musique qui vient côtoyer l'ambiance pesante. Seule le regard de la ballerine perce les alentours puis elle s'approche de Sienna pour forcer l'échange de leurs yeux chocolatés. « Tu arrives pile à l'heure. » Elle stoppe ses mots et sent un poids énigmatique frôler la pointe osseuse de ses épaules. Prête à faire marche arrière, la danseuse se remémore le départ de son alliée, la découverte de la vérité à propos d'Andreas, le visage de sa mère puis la colère revient. La force, aussi. « La grande soirée peut enfin commencer. » Pourtant, il n'y a rien qui laisse présager d'une véritable soirée festive. Encore moins quand le visage de la ballerine se ferme. Les expressions refroidies de celle-ci suffisent à rendre le regard de Sienna légèrement inquisiteur. Anastasia le remarque et se met à rire. Même la mélodie de son rire sonne faux sur toute la ligne. « Je me suis dis qu'au final, toi et moi en tête à tête, cela ne serait pas plus mal. Comme au bon vieux temps, tu te souviens Sienna ? » La première question vient détonner dans le silence du grand salon. Anastasia devient une vil créature des ténèbres. Derrière sa mine angélique, se soulève une ombre beaucoup plus noire.  Elle ne baisse pas les yeux et rompt la distance imposée de force face à son ancienne meilleure amie. « Tu te souviens quand c'était toi et moi à l'abri de tout le reste ? » La répétition suffit à marquer une rupture totale. Sienna comme Anastasia comprennent en une fraction de seconde que plus rien ne sera pareil après cela. La danseuse en premier, quand elle rêve de voir ses doigts fins se refermer autour du cou trop fin de la demoiselle en face. Pour l'effrayer et simuler une asphyxie. Un étouffement comparable à celui qu'elle a crée en partant comme la plus discrète des voleuses.
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MessageSujet: Re: 9 crimes (sienna)   Sam 1 Nov - 23:12


« Bon la Sienna-Lola, je peux venir ce soir avec toi ? J’ai envie de sortir ce soir et j’ai rien de prévu... » Bon, au niveau du prénom, c’était pas encore ça mais c’était en progrès. Maintenant, c’était plus Lola, c’était le prénom composé. Avoir fait son coming-out, ça avait du bon. Elle était plus obligée d’inventer des mythos bidons lorsqu’on lui demandait ce qu’elle faisait dans la vie, plus obligée de s’inventer une vie et une famille lorsque la question lui était posée, plus obligée de tourner la tête naturellement lorsque quelqu’un criait Lola à travers une pièce, même si, par habitude, il suffisait d’une autre Lola pour qu’elle le fasse. La plupart de ses amis avaient bien pris la nouvelle, et s’étaient montrés compréhensifs. Evidemment, cela n’avait pas été le cas de tout le monde. Il y avait ceux qui s’étaient sentis agressés, choqués de ne pas avoir été mis au courant et n’avoir rien remarqué. Et puis il y avait ceux qui étaient surpris de voir que Sienna n’était pas qu’une connasse et salope superficielle, ceux qui n’y croyaient pas encore. Qui étaient persuadés que cela était encore un mensonge pour se rendre intéressante et plus intelligente et « mystérieuse » qu’elle l’était vraiment. Sienna ne se formalisait pas trop de ce genre de réaction. Qu’ils pensent ce qu’ils veulent. Cela lui était parfaitement égal. Ce n’est pas comme si elle faisait grand cas de l’avis de ces personnes-là. « Bah ça va être compliqué car c’est chez les parents de ma pote et c’est un peu des psychopathes du coup elle peut pas inviter grand monde, fin’ elle veut pas qu’il y ait grand monde et c’est plutôt un petit truc quoi... » A vrai dire, Sienna en savait trop rien. Elle était jamais venue chez Anastasia, mais vu l’adresse et le quartier, ça devait être une sacré baraque. Elle savait même pas les gens qui allaient être présents à la soirée, sûrement des potes à elle et des potes de potes. Elle avait surtout pas envie que son amie vienne pour la simple et bonne raison qu’elle n’avait pas envie qu’elle déblatère à tout bout de champ la révélation récente de Sienna. Anastasia n’était pas au courant. Et Sienna lui raconterait en personne quand les choses seront... moins étrange entre les deux jeunes femmes. Parce que oui, pour le moment, les retrouvailles avaient été sacrément bizarres. Anastasia avait été froide. Sarcastique. Dure dans ses propos. Et avait affiché une espèce de pimbêche de remplacement comme sa nouvelle meilleure amie. Malgré l’invitation qu’elle lui avait faite quelques jours plus tard pour cette soirée, Sienna n’arrivait pas à se défaire de ce sentiment étrange, ce sentiment qui lui laissait penser que Anastasia éprouvait une certaine rancœur à son égard. Ce qui était totalement légitime. Et Sienna faisait grand cas de l’avis d’Anastasia. Parce qu’elles avaient une connexion. Parce qu’Anastasia était l’amie que Sienna avait toujours voulu avoir. Celle avec laquelle elle pouvait être telle qu’elle était vraiment. Sans complexes et sans a priori. Pas que Sienna soit plus prude avec ses amies féminines bien conventionnelles, mais elle ne se sentait pas libre. Ce qu’Anastasia et elle avaient, ou avaient eu, c’était ce qui lui avait permis de se sentir vraiment libre. Alors oui, Sienna comptait la prendre avec des pincettes pour lui annoncer la nouvelle, attendre que cette dernière ait passé l’éponge pour lui expliquer calmement ce qu’il s’était vraiment passé. Parce qu’elle ne voulait pas qu’elle réagisse comme les Autres.

Après avoir donc laissé sous-entendre qu’elle ne pouvait pas l’inviter, sa pote raccrocha l’appareil et Sienna s’était dit que c’était passé comme une lettre à la poste. De plus, Sienna ne voulait pas ramener quiconque car elle ne souhaitait pas qu’Anastasia pense que cette pote était en quelque sorte une « seconde Bria-machin ». Elle voulait venir seule, montrer qu’elle était prête à passer la soirée avec elle sans avoir personne d’autre pour se distraire, à utiliser comme moyen de fuite. Non, ce soir, elle s’offrait entièrement à Anastasia. Elle choisit ses vêtements avec une attention particulière, prenant également le soin de se maquiller sans trop en faire. Plus d’artifices, plus de faux-semblants, elle ne comptait pas jouer le numéro de la pouf écervelée ce soir. Sienna arriva par la suite avec un retard d’environ une vingtaine de minutes, afin de ne pas être la première à arriver. Pourtant, ce fut le cas lorsqu’elle passa la porte d’entrée après avoir affronté le sourire de façade d’Anastasia. La maison toute entière était silencieuse et sombre, vide, insupportablement vide et silencieuse. Bouteille en main, qu’elle serrait un peu nerveusement, elle s’avança dans ce qui semblait être le salon. « Dis donc et moi qui pensait que je n’étais pas ponctuelle, il faut croire que tes amis sont pire que moi... Ta maison est superbe dis donc. » dit-elle en jetant de large regards aux alentours somptueusement décorés et larges de la pièce. Elle se retourna vers Anastasia, un sourire entre l’excitation et la nervosité car tout cela semblait de plus en plus bizarre. Elle sentait comme une entourloupe venir. « Tu n’as pas prévu de me tuer dans d’atroces souffrances, hein ? Vu la saison et le cadre, ça semblerait parfait. » Lorsqu’elle faisait face au regard froid de la jeune femme, Sienna n’était plus sûre de rien. Plus sûre que des gens allaient venir. Plus sûre qu’elle sortirait même de cette maison, vivante en tout cas. « En tout cas, écoute on va pas attendre les autres, ce champagne était tellement cher que j’ai dû le voler afin d’avoir l’air sophistiquée en venant ici... » Etant donné que des verres traînait sur la table, Sienna espérait briser la glace en ouvrant la bouteille, histoire de lancer le contexte festif. Elle ouvra donc la bouteille, le bruit du bouchon qui saute résonnant dans la pièce. Un premier filet rebelle sortit de la bouteille pour couler le long de cette dernière et Sienna passa un léger coup de langue pour l’absorber. « Hmm, il est excellent. » elle servit par la suite le champagne dans les deux verres qui traînaient sur une commode du salon avant de tendre un verre vers Anastasia, qui reprit la parole en lui annonçant que ce soir, elles seraient toutes les deux. Ce qui la laissa suspicieuse était le reste de sa phrase, ou plutôt la question qui la suivit. Sienna avait bien compris que c’était une question rhétorique. Mais elle ne put s’empêcher d’y répondre, histoire de jouer l’idiote – chose qu’elle s’était pourtant promise de ne pas faire. « Evidemment que je m’en rappelle, toutes ces soirées passées avec une bouteille de vodka dans mon petit appartement, tu te rappelles la fois ou on était tellement ivres qu’on a laissé brûler la pizza, mon appart’ a senti le champignon cramé pendant au moins une semaine, haha. » Essayer de l’atteindre par les souvenirs, la toucher par la mémoire, ça, Sienna elle en était capable. Toutefois, sa deuxième harangue, bien plus froide et emplie de rancœur, ça, elle ne put pas vraiment l’esquiver. Buvant une large gorgée de son champagne avant de se resservir, elle posa sa main sur la commode ou demeurait la bouteille entamée, ses ongles tapotant légèrement contre le verre avant de se rapprocher d’Anastasia, leurs corps simplement séparés par une distance de quelques centimètres, bien que le visage de la mexicaine restât à une distance raisonnable. « Qu’est-ce que tu veux de moi, Anastasia ? Parce que j’ai essayé d’être gentille, je me suis déjà excusée, j’ai essuyé toutes les putains d’insultes masquées que tu m’as balancée à la gueule, j’ai accepté ta putain de Brianna de service, j’ai accepté ton invitation, j’ai essayé de te montrer que je suis désolé et que tu comptes pour moi. » C’était chiant pour Sienna de l’admettre ainsi devant elle, de l’admettre alors que son interlocutrice avait l’air d’humeur sanguine. Mais elle pouvait pas faire autrement. En la piégeant ici chez elle, sans personne d’autre sur qui détourner l’attention, Sienna était dos au mur. « Alors arrête ton putain de sarcasme et tes sous-entendus à la con cinq minutes. Tu veux regonfler ton égo en me faisant passer pour une conne chez toi dans ta putain de baraque friquée, vas-y, mais je vois bien que ce que je fais ça sert à rien, et toi mieux que quiconque, tu dois savoir que j’aime pas m’éterniser pour les choses inutiles. » dit-elle, ses ongles manucurés grinçant légèrement contre le marbre de la commode sur laquelle une de ses mains reposait. Elle ajouta en approchant son visage de celui de son (ex)-amie. « T’as un dernier truc à rajouter peut-être ? Une dernière remarque cinglante à me claquer au visage ? » Son regard perçait celui de son interlocutrice quelques instants, la sondant, cherchant à voir si elle arriverait à briser le putain de miroir de verre qu’elle semblait tenir devant son visage, ne serait-ce même qu’à le fissurer. Elle avait envie de se barrer là tout de suite, mais bon, il lui restait encore une petite lueur d’espoir à l’heure actuelle...

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« I was tangled in the all wires, tied down and I felt the fire. I am caught up in your desire, it's flush in the face desire, I wanna trade in the old for new. I've been looking for a new emotion, I've been walking backwards. »
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MessageSujet: Re: 9 crimes (sienna)   Ven 7 Nov - 20:30

Tenace et rancunière, Anastasia ne peut pas oublier. Encore moins quand la principale concernée s'appelle Sienna. Parfois, la ballerine rencontre des personnes. Elles débarquent par hasard dans sa vie pour mieux en sortir quelques heures, quelques semaines plus tard. Ce n'est pas grave. Ainsi va le temps qu'elle pense souvent la danseuse. Mais avec son ancienne meilleure amie, il y a une cassure, une sorte de blessure qui ne se referme pas. Ce n'est pas qu'un départ insipide. C'est quelque chose qui a bousculé toutes les convictions d'Anastasia. Elle n'a pas compris pourquoi et encore moins comment leur amitié avait pu voler en éclats. En toute discrétion, Sienna avait filé telle une étoile qui s'endormait dans le ciel. À présent, l'amertume est trop aiguisée. La danseuse ne digère pas la trahison. Encore moins la façon si anodine dont la mexicaine a décidé de revenir pour retrouver sa place. Erreur fatidique quand on connaît le caractère volcanique de l'ancienne ballerine. Mais Sienna n'a pas semblé s'en faire. Elle a vraiment cru retrouver son amie d'avant. Elle a estimé que tout reprendrait comme si son départ n'avait pas terni le tout. C'est faux. Anastasia le sait depuis que leurs regards se sont croisés dans cette boîte de nuit trop malsaine. La ballerine pardonne plus. Elle sent que tout s'est brisé. Qu'il s'agisse de son histoire avec l'avocat ou de son amitié avec Sienna. Elle se dit qu'on a trop usé ses nerfs et qu'à présent, il est grand temps de le payer. Elle veut faire plier Andreas pour qu'il comprenne qu'en bon mari infidèle. Mais là encore, ce n'est pas si simple. Elle ne veux pas réaliser. Elle n’as pas envie d’accepter l’idée de le savoir marié. Père de famille. Engagé dans une vie familiale construite et forte sans doute. Cela reviendrait à se prendre une claque encore plus forte en plein visage. Rien que de le savoir aux côtés d’une autre femme, ça suffit à faire crépiter son coeur d’une rage sans précédent. Elle ne veut rien imaginer de son épouse. Elle ne veux pas savoir si elle est belle ou charismatique. Si elle l’aime suffisamment pour sauver ce qu’il reste de leur mariage. Si elle a un semblant d’idée de ce qui se trame quand il referme la porte de leur grande baraque. Alors encore une fois, tu cherches à sauver les apparences. Elle préfère ignorer ces détails essentiels pour pas souffrir davantage. Mais la vérité c’est bien celle qui vient nécroser son âme. C'est une briseuse de ménage. Une pauvre idiote qui a éloigné un père de sa famille. Une pauvre sotte qui a réussi à alimenter le désir d’un homme marié à une autre. Elle qui n’a plus aucune vie familiale. Il fallut qu'elle viennes foutre un désordre monstre dans celle de l’avocat. Elle se déteste pour cela. Elle pense même à sa gamine qui doit se poser un tas de question. Ses yeux d’enfants devant questionner le désordre dans la vie de ses parents. Un peu comme Anastasia quand elle était encore sauvée par l’innocence.  Puis la seconde qui s'ensuit suffit à lui rappeler que si Sienna n'avait pas disparu, les choses auraient pu être différentes. Sa meilleure amie aurait pu sentir l'arnaque à plein nez et lui dire de se méfier. Elle aurait pu lui ordonner de s'éloigner au plus vite avant que son cœur ne pourrisse sur place. Alors au fond, elle lui en veut aussi pour cela. C'est comme si Sienna subissait les foudres accumulées des déceptions d'Anastasia. Tant pis si c'est pas une attitude honnête. Si cela ne va pas l'aider à avancer. La ballerine se dit que si la demoiselle présente ce soir souffre assez, sa propre peine finira par disparaître.

Elle peine à regarder Sienna sans avoir envie de s'écrouler comme un corps abandonné par la vie.  De son attitude provocante, il ne reste que ce regard qui pourrait rimer avec meurtre en un claquement de doigt. L'invitée de la supercherie avance dans le grand salon et se prend d'admiration pour la décoration sans doute trop chic.  Si du côté d'Anastasia, le silence est roi, pour Sienna c'est l'inverse.  Elle parle sans se stopper ou s'enticher du regard assassin de la danseuse. Elle fait la maligne comme souvent pour camoufler ce qui pourrait s'appeler incompréhension. Anastasia la connaît assez pour le savoir. Elle a pas envie de répondre à son ancienne amie, ni même faire l'effort de s'intéresser un temps soit peu à ses mots.  Quand Sienna tend un verre en direction de la ballerine, elle se contente de le saisir sans envie. Pourtant, ses lèvres glissent contre et se délectent du champagne. Elle boit parce que l'alcool c'est devenue plus qu'une addiction. C'est à présent l'unique moyen pour la jeune femme d'oublier et de mettre sa détresse au placard. Très vite, Sienna s'approche encore. La distance entre les deux paraît en totale contradiction avec celle que le regard de la ballerine impose. Leurs corps peuvent presque se frôler alors qu'elle appelle à l'éloignement de ses yeux noirs au possible. Quand son ancienne amie reprend le fil de la discussion, elle se dit qu'il y a quelque chose de différent. Sienna ne semble plus aussi amusée qu'auparavant. Elle est même en train de perdre patience. Alors ses paroles s'enchaînent sans qu'Anastasia n'y fasse vraiment attention. Les reproches de la mexicaine sonnent aussi faux que leur amitié. Elle est loin du compte et n'est même pas apte à s'en rendre compte. C'est larmoyant et pathétique comme discours, à un tel point que la ballerine fulmine derrière son masque de glace. Elle reste statique et son visage ainsi que ses traits paraissent dénués de toute émotion. Cela ne dure pourtant qu'un court instant. Quand Anastasia retrouve toute sa conteneur, elle saisit la bouteille ramenée par Sienna et calque ses lèvres sur le goulot. Elle avale plus qu'une bonne gorgée au point que cela dégage un goût âpre dans sa gorge. La danseuse soutient les yeux interrogatifs de la mexicaine avant de s'approcher à son tour. C'est un duel engagé depuis quelques minutes maintenant. Elle se penche vers la table basse pour saisir la lettre présente dessus. Dépliant le papier avec soin, Anastasia regarde ensuite son ancienne amie en coupant court avec la distance imposée récemment. « J'ai un dernier truc à te dire oui. Enfin à te lire plutôt. » En parlant, ses yeux retracent les mots écrits sur la feuille blanche. Cette lettre, c'est qu'une parmi tant d'autres. La danseuse s'est mis à écrire pour poser des paroles sur sa douleur. Elle s'est dit aussi qu'une fois, Sienna pourrait revenir, lire tout ça et éprouver les pires regrets de sa vie. Elle s'est parfois simplement libérée au grès de l'écriture. Mais ce soir, cette lettre c'est pire qu'une arme nucléaire. C'est comme quelque chose de puissant, de fort. C'est quelque chose qui va tout remuer pour briser définitivement la donne entre les deux filles. Anastasia sait qu'elle a plus grand chose à perdre de toute évidence. Elle a perdu sa mère, Andreas, Sienna. À croire que c'est un aimant à disparition. Que pour que quelqu'un se barre, il suffit de s'approcher un peu trop de son corps squelettique. La danseuse prend enfin une inspiration et sent la pointe de ses épaules ressortir. « Sienna, ça fait quelques mois que tu as disparu. Des mois durant lesquels un tas de questions est venu semer le doute. Pourquoi tu es partie ? Est ce que c'est ma faute ? J'étais peut-être trop maladroite avec toi. Je me dis que mon caractère tout feu, tout flamme a fini par avoir raison de toi. J'en sais rien en vrai, parce que mes questions restent sans réponse. Il y a des silences dont personne ne voudrait. C'est exactement ceux que tu as imposé entre nous. » Pour le moment sa voix est calme. Elle lit sa lettre comme elle lirait un article dans un magasine. Pourtant, n'importe qui pourrait déceler les petits tressauts présents dans son intonation. C'est le signe qu'Anastasia est pas si forte que cela et qu'il faudrait qu'un petit plus pour qu'elle s'ébranle sans point de retour.  « Ma vie c'est plus la même. Enfin, il reste les même personnes. Mon père qui ose pas affronter le tyran qui me sert de mère. Puis, y a Andreas. Je dois te parler de lui. J'ai assez stupide pour m'enticher d'un homme plus âgé. Un avocat qui s'est révélé être le plus des menteurs. Quelle ironie que tu m'aurais dis si tu avais été là. Je me trompe ? J'ai appris qu'il était marié, père d'une petite fille de quatre ans. C'est là que mon cœur a volé un peu plus en éclats. » Évoquer Andreas, c'est se mettre complètement à nue. C'est parler du pire sans en tirer le meilleur. Cela suffit à ce qu'une première larme translucide vienne se coincer au creux de ses yeux. Le bout de ses doigts froisse le papier et elle recule, comme pour être certaine que Sienna cherchera pas à s'approcher en guise d'un réconfort trop vulgaire à présent. Elle baisse la tête quelques secondes pour récupérer une once de courage et se persuader qu'à présent, elle peut continuer et la briser à son tour. « Mon monde entier s'écroule depuis des années et encore plus maintenant. J'ai mal. C'est pas une douleur qui s'estompe, elle reste et me ronge de l'intérieur. J'ai besoin de toi, Sienna, et tu n'es pas là. Je ne comprends pas. Pourquoi ? Pourquoi tu as décidé de tirer un trait sur nous ? Pourquoi tu as fais de moi une inconnue ? Reviens. Je voudrais que tu reviennes et qu'on rit de bon cœur pour oublier le pire. » Toutes les questions qu'elle posent, c'est du flou encore et encore. Elle en sait rien. Elle connaît pas les réponses et ne désirent même plus les obtenir. Pas après tout ce temps. Ce serait trop facile de répondre, de se dire qu'on oublie et qu'on reprend comme si de rien n'était. L'émotion est reconnaissable parmi mille dans sa voix. Elle sent que tenir le coup n'est pas si facile que ça. Anastasia a envie de pleurer comme une enfant trop souvent malmenée. Au lieu de ça, elle retrouve de sa froideur pour maintenir son regard ferme et autoritaire. « Et pourtant, j'ai beau t'appeler, tu reviens pas. J'ai beau pleurer comme une idiote dans mon lit le soir, tu reviens pas. Je crois que je vais abandonner. Je vais arrêter de me tuer un peu plus. Tu vas finir par me tuer de ton absence, tu te rends compte ? Je me souviens quand on s'est endormies une fois l'une contre l'autre et que tu m'as promis en enlaçant mes doigts que tu me laisserais pas. » Elle laisse qu'une petite pause s'établir dans cette lecture douloureuse avant de reprendre. « Tu as failli à ta promesse. Je te déteste pour cela. Je te déteste pour tout le mal que tu as pas su effacer. » Puis la lettre se froisse, se plie et finit par terre, aux pieds de la danseuse. Pour toute action, elle piétine cela à l'aide de son talon sans décrocher ses yeux de ceux de Sienna. Quand c'est fait, la ballerine se rapproche nouveau et glisse son index sous le menton de son ancienne amie. Assez fortement pour l'obliger à maintenir cet échange qui ne rime à rien. « Je dois continuer ? » Elle n'attend pas la réponse de la concernée et reprend d'ores et déjà la parole. « Tu vois Sienna, ce n'est pas qu'une question de regonfler mon ego ou de venir te pourrir de mon sarcasme. Je voulais seulement te faire mal. Comme toi tu m'as fais mal. Te ruiner aussi, comme tu m'as ruinée. » Les larmes coulent mais un sourire sadique trouve source sur sa bouche. Elle se recule, avale du champagne, lâche la bouteille à proximité de Sienna.  Le verre se brise et provoque mille éclats autour de la mexicaine. Quand le silence revient, Anastasia s'adosse à la commode. « J'espère que la mission est réussie. » Et elle se tait, comprenant que son grand numéro est fini. Le rideau retombe et cette fois-ci, elle sort victorieuse d'une bataille répugnante.
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MessageSujet: Re: 9 crimes (sienna)   Dim 9 Nov - 20:29


Sienna était quelqu’un d’assez intuitif en général. Elle pouvait aisément percevoir si on lui mentait ou non. Il n’était donc pas question d’essayer de la tromper ou de lui cacher quelque chose. Elle n’avait pas besoin de connaître tant que cela la personne pour que son intuition s’active, même si cela aidait. Elle arrivait à rapidement percevoir lorsqu’un sentiment de gêne ou de non-dit traînait dans l’air. C’est quelque chose qu’elle était tellement habituée à recevoir auprès de sa famille, de ses proches ou des gens qu’elle rencontrait, en raison de sa personnalité délurée et sans compromis, qu’elle avait affiné ce « sixième sens » à la perfection avec le temps. De fait, elle arrivait également aisément à lire en les autres. Voir ce dont ils avaient besoin. Voir ce qu’ils attendaient. Aussi trouver leurs points sensibles. Tout cela était fort utile pour manipuler les autres à sa guise. Savoir comment leur plaire. Mais aussi savoir quand leur déplaire quand elle voulait volontairement qu’ils lui foutent la paix. Si bien qu’en fin de compte, malgré sa personnalité à part, Sienna était capable de s’adapter à n’importe quel univers. Elle avait fréquenté des hommes riches et avait été invitée à des réceptions chics, elle savait parfaitement jouer la condescendante ; mais elle avait aussi été dans les squats les plus étranges et les plus undergrounds, capable aussi de se présenter en vrai rebelle qui expérimente tout et n’importe quoi. Paradoxalement, elle était donc de rentrer dans n’importe quel moule – si elle le voulait vraiment -, et pourtant, elle semblait n’être elle-même nulle part. Elle aurait aimé que tous les rôles qu’elle était capable de jouer puissent se recouper pour former une seule et même personnalité, mais ils étaient parfois si opposés et antithétiques que cela était impossible. A force de trop chercher à plaire, elle ne savait même plus à quoi pouvait-elle bien ressembler lorsqu’elle n’était pas en train de manipuler et façonner une image précise auprès des autres. Elle ne cherchait pas vraiment à y réfléchir à vrai dire. Parce que c’était précisément lorsqu’elle prenait compte de ce genre de choses que le masque tombait et qu’elle voyait les gens auxquels elle tenait vraiment. Et parfois c’était même des personnes auxquelles ne voulait pas tenir. Pour s’éviter bien des attaches. S’éviter bien des blessures. Parce que Sienna, malgré l’optimisme qu’elle semblait dégager et balancer à tout bout de champ, accompagné d’un hédonisme exacerbé, elle était profondément pessimiste. Persuadée qu’en fin de compte, c’était toujours chacun pour sa gueule et que les sentiments d’affections c’était que des illusions temporaires qu’on se donnait pour survivre. C’est pour ça qu’elle se donnait pas la peine de s’engager auprès de quelqu’un. C’est pour ça qu’elle voulait toujours apparaître comme une âme rebelle sans attaches, un véritable free spirit.

Et pourtant. Y’avait sa famille. Y’avait Casey. Son ancrage. Sa jumelle.  Peut-être que y’avait qu’avec elle qu’elle était complète. Et y’avait Anastasia. Cette amie à laquelle elle voulait pas tenir. Cette fille qu’elle avait pris sous son aile y’a quelques années pour lui faire découvrir le monde, avec surtout une immense envie aussi de dorer son propre égo en se donnant la position d’enseignante et de maîtresse. Dorer son propre égo en ayant envie que quelqu’un l’admire, aspire à devenir comme elle. Là encore, en apparence, tout était une question de manipulation. Question d’avoir quelqu’un qui gobe toutes vos paroles comme si elles étaient des bribes de sagesse. Et puis, sans trop savoir comment, la jeune brindille avait fini par passer à travers le masque. A travers son masque. Sienna n’avait aucune idée de ce que son ex amie allait lui dire lorsqu’elle sortit un bout de papier qui traînait sur la table. Et ça la terrifiait. Parce qu’elle était capable d’anticiper. Qu’elle avait l’habitude d’anticiper. Les premiers mots ne tardèrent pas à serrer le cœur de la mexicaine. Elle voulait pas l’admettre, mais elle était attachée à Anastasia. Plus qu’elle ne l’aurait voulu. Sienna, elle faisait pas dans les ami(e)s. Elle avait Casey et puis c’est tout. Tout le reste c’était que des gens de passage qu’elle utilisait à sa guise. Ca l’énervait de se foutre en telle rogne pour Anastasia. Ca l’énervait d’avoir mal. D’avoir foutrement mal à chaque mot qu’Anastasia assénait la voix légèrement tremblante. Quand elle aborda un certain Andreas, Sienna tenta de prendre la parole : « Ana j’en avais aucune idée si j’avais su je... » mais elle fut bien vite coupée par cette dernière qui reprit la parole en continuant ce qui relevait davantage du supplice à présent. Sienna comprenait bien l’idée de la lettre, elle n’était pas idiote, elle comprenait bien l’intention qui se cachait derrière, mais pourquoi chaque détail et mot continuaient-il à être horriblement douloureux dès lors qu’ils sortaient de la bouche d’Anastasia ? « Ana arrê-.... » Tenta-t-elle de dire alors que sa voix trembla légèrement et qu’elle referma aussitôt ses lèvres, auquel cas sa phrase se serait probablement terminée dans un léger sanglot. Le visage blême, Sienna essayait de garder bonne figure. De ne pas craquer avant qu’Anastasia ait fini sa torture. Elle déglutit difficilement lorsqu’elle affronte à nouveau le regard de son ancienne partenaire de crime, l’observant écraser la lettre au sol dans une lente agonie. Les yeux légèrement embués par des débuts de larmes qu’elle tente de contenir voire réprimer, son visage reste dur et tendu lorsque Anastasia s’approche d’elle. Elle a envie d’exploser. De la foutre en l’air pour ce qu’elle lui inflige. Mais évidemment, submergée par ses sentiments contradictoires qu’elle tente déjà de calmer, elle reste impassible, comme paralysée à l’idée de partir en vrille et donner à Anastasia ce qu’elle veut. Son corps frissonne légèrement lorsqu’elle entend la bouteille de champagne se briser à quelques centimètres d’elle. Sentant quelques gouttes de champagnes couler le long de ses pieds nus jusqu’au bout de son talon, elle n’affronte pas le regard d’Anastasia, mais reste dans un silence de marbre pendant près d’une minute. Comme pour essayer de comprendre ce qu’il vient juste de se passer. Comprendre les sentiments de rage, de désespoir et de déni qui l’habitent. Comprendre pourquoi ça lui fait aussi mal. Comprendre comment elle peut arranger les choses sans trop se dévoiler. Cernée par toutes ces questions et se ressassant tous les détails de sa lettre au peigne fin, son cerveau est comme en ébullition. Que faire, que dire ? Lâchant une larme qui tombe au sol, elle prend une grande inspiration avant de relever la tête vers Anastasia, le regard encore un peu torve. « Y’en a d’autres ? » est tout ce qu’elle trouve à dire. Elle a aucune idée de quoi faire. Aucune idée de quoi dire. Mais elle sent ce sentiment si particulier l’habiter, cette brûlure intense qui ne l’habite que très rarement et qui risque de la faire décoller d’ici peu. « Anastasi, je t’ai posée une question : t’en as d’autres des comme ça ? » Face au silence de son interlocutrice, elle finit par sonder son regard comme on sonde le cœur et les reins. Parce qu’elle la connaît. Elle sait que ça, c’est que le sommet de l’iceberg. Que s’il le faut, elle serait capable de lui en sortir encore deux – trois dans le genre histoire d’être sûre de l’achever. Dans le regard d’Anastasia qui hésite entre la malice et une sorte de douleur réprimée, Sienna comprend que oui. Et aussitôt, sans même faire réfléchir, elle fait demi-tour pour commencer à explorer la maison, montant à l’étage avant d’aller dans chaque pièce, jusqu’à ce qu’elle tombe dans la chambre d’Anastasia. Elle sentait son corps chaud comme de la braise, n’étant même plus maître d’elle-même à l’heure actuelle alors qu’elle farfouille avec hargne dans tous les coins de cette chambre qu’elle voit pour la première fois. Sous le lit, dans les tiroirs de son bureau, la penderie alors que des vêtements virent dans tous les sens. Elle entend les pas d’Anastasia qui la rejoint mais elle n’en n’a que faire. C’est finalement au fond de la penderie qu’elle finit par trouver plusieurs boîtes, certaines avec des chaussures, d’autres avec photos, souvenirs d’enfances, et puis une avec quelques lettres sans aucun timbre. Toujours avec cette même rage elle attrape la boîte avant de sortir du placard pour poser la boîte sur le lit, alors qu’Anastasia est à l’embrasure de la porte, en face d’elle. « J’ai compris Anastasia. J’ai été une amie pitoyable. Je t’ai abandonnée. J’aurais pas dû. Mais je l’ai quand même fait. Et à moins de pouvoir revenir dans le passé, y’a rien qui pourra changer les merdes que t’as traversées. » Son ton était agressif malgré le discours. Alors que Sienna arrivait en général à s’extirper de ce genre de situation ou elle devait assumer la responsabilité de ses actions, à quoi bon désormais. « Mais t’as pas le droit de me tenir pour la seule et unique coupable de toutes les merdes qui te sont arrivées depuis que je suis partie. C’est lâche et tu le sais. I know, c’est probablement l’hôpital qui se fout de la charité là, mais c’est la vérité. » C’est probablement ce qui avait le plus énerver Sienna dans sa lettre. Qu’elle soit accusée de tous les maux de la Terre aux yeux d’Anastasia. Parce que, ces merdes avec sa famille, elle les avait déjà lorsque Sienna était là. Parce que c’est pas dit qu’elle l’aurait pu l’empêcher de déconner avec ce Andreas. Parce que, merde, tout n’était pas toujours de sa faute, et qu’elle refusait de camper dans un rôle qui lui était prédéterminé. « Alors j’ai compris, là, tu cherches le sang, tu penses que me foutre au fond et me réduire en pièces, ça va te faire sentir mieux, parce que ouais, je suis la grande connasse responsable de ta descente aux Enfers, mais guess what, ça va rien changer. » Sienna le savait puisqu’elle était passée par là aussi, lorsqu’elle partait en vrille et qu’elle espérait que écraser tout ceux qui l’approchaient ça lui permettait d’une façon ou d’une autre de panser ses propres blessures. « Mais je vais rentrer dans ta logique sadomaso, c’est ce que tu veux non ? Me faire mal ? Je vais me faire mal de moi-même, juste pour toi. M’automutiler, ça te ferait plaisir n’est-ce pas ? De me voir vriller juste à cause de ta lettre ? De me voir vriller pour toi ? » dit-elle avec une gestuelle folle en la pointant du doigt, comme si elle avait pris un rail de cocaïne à l’instant même. Mais, là, c’était juste son affection pour la jeune femme qui prenait le contrôle de son corps, qui ouais, la faisait passer pour une illuminée. Attrapant une lettre au passage qu’elle ouvrit nerveusement, avant d’en lire un passage au pif, sans nécessairement la prendre du début : « T’es vraiment une putain d’égoïste Sienna. De te barrer comme la première des malpropre. Putain si je pouvais te retrouver, je te jure que j’asphyxierais de mes propres mains.... well, tu devais être sacrément énervée dans celle-là. » Sienna, les yeux davantage embués de larme riait avec sarcasme. Elle riait alors qu’elle se faisait d’elle-même du mal en lisant des lettres sans en connaître le contexte préalable. Et tout ça pour faire plaisir à Madame Anastasia. Pour lui montrer que ouais, elle était prête à aller jusqu’au bout de l’Enfer qu’elle lui avait faire subir en lisant cette lettre. Pour lui montrer qu’elle l’aimait tellement qu’elle était prête à subir toutes les autres lettres qu’elle avait écrites, jusqu’à ce qu’elle finisse par se sentir mieux, ou comprendre que c’pas ça qui la rendrait plus heureuse qu’avant. Elle en prit une autre au hasard. « Mais Sienna reviens je t’en supplie, je sais pas ce que j’ai fait mais promis je le ferai plus. Tout fout le camp. J’ai peur de faire des conneries. Je sais que je vais en faire sans toi. Je suis perdue, t’es ou ? » la dernière phrase perd cette fois-ci vraiment dans un sanglot de la part de Sienna, qui a de plus en plus de mal à vraiment supporter les mots écrits avec une candeur atrocement douloureuse. Reniflant légèrement elle finit par lâcher un nouveau rire. « Ma foi, cette Sienna est vraiment une connasse... tu trouves pas, hein ? » dit-elle avec un faux air pince-rire. Rire de sa propre attitude. Rire d’elle-même. « Tu veux continuer peut-être ? T’en donner à cœur-joie puisque tu les connais visiblement mieux que moi et je suis sûre que tu seras capable de les interpréter avec brio. » dit-elle en jetant la lettre en direction d’Anastasia alors que le bout de papier tombe lentement sur l’extrémité de son lit. Elle avait plus la force de les lire d’elle-même, donc si Anastasia voulait vraiment l’achever, elle avait qu’à le faire de « ses propres mains » comme elle semblait tant le vouloir...

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MessageSujet: Re: 9 crimes (sienna)   Sam 22 Nov - 17:51

C'est étrange ce qui se passe pour Anastasia. Elle qui communique si mal. Cette difficulté de naissance d'évoquer ses émotions et ses sentiments. Rares sont les fois où elle a pu le faire sans craquer ou sans ressentir une chose dévastatrice au fond de son cœur. Cela fait des années maintenant qu'Anastasia ment à tout le monde. Elle passe le plus clair de son temps à boire pour camoufler les bleus à l'âme. Elle oublie les déboires d'avec Andreas en errant dans les rues mal fréquentées de la ville. Elle rigole au visage de sa mère en faisant mine d'être indifférente à cette haine qui est venue bousculer leur relation depuis longtemps à présent. Elle ment au quotidien et cela ne l'étonne même plus. Cela la dérange encore moins. Elle y arrive parce que sans cela, Anastasia n'aurait qu'à s'écrouler. Elle sait bien que sa vie n'est qu'un assemblage de fêlures. Elle imagine même pas sa vie changer, ça ne rimerait à rien. Assez stupide pour penser au changement quand son regard a croisé celui d'Andreas. Elle y a pensé souvent Anastasia à changer. Pour lui, pour eux. Elle voulait devenir une autre, le genre de fille qu'on voulait présenter à ses amis, pas une fille dont on aurait seulement honte. Au final, y a pas de changements. La danseuse est tombée de haut. Elle est venue se cogner le cœur à ses désillusions. Andreas est marié et pour lui tout cela n'est qu'une relation de passage. Une passage pour réanimer ses sens et pour éviter l'ennui. Encore une fois, presque naïve, Anastasia est tombée dans le panneau. Elle s'est faite avoir comme une bleue et le regrette sans ménagement. Maintenant, elle regrette. Parfois, elle veut remonter le temps et empêcher cette rencontre de se faire. Elle ne veut plus être la sirène au bord rivage. Elle ne désire pas non plus l'attirer dans ses filets pour le faire craquer et l'amener à goûter à la luxure. Tout cela vrille parfois dans ses idées et elle se déteste. Elle se dit aussi que si Sienna avait été plus présente, le diable n'aurait guère pris possession de son corps trop maigre. A présent, tu es brisée de partout. Il n'y a pas une part infime de ton être qui ne l'est pas. C'est pas nouveau comme sensation cette douleur. Elle est y habituée depuis que sa mère a cassé ses ailes d'une façon trop précoce. Elle a mal à en crever parfois mais elle enferme tout sous silence pour pas avoir à parler. Les mots deviennent souvent ses meilleurs ennemis. Elle a beau vouloir délivrer son âme des pires maux, elle peut pas. Elle continue de mentir aux autres, de se mentir aussi. Elle abandonne pas l'idée de réussir une fois à tirer son épingle du jeu. Elle espère même réussir à se tirer de tout ça, sans la moindre envie de revenir en arrière. L'alcool aide. La rancoeur aussi. C'est comme ça que l'histoire doit avancer. Une histoire dont elle ne connaît même pas l'issue. Elle pourrait décider de disparaître, un peu comme Sienna. Choisir de prendre un aller simple pour le bout du monde. Ne même pas tenter de revenir dans cette ville de malheur et ainsi craindre de croiser le regard des personnes qui ont fait que sa vie a fini par se transformer en enfer.

La situation n'en est que plus étonnante. Anastasia qui déteste parler. Anastasia qui déteste se livrer. Pourtant, elle se trouve au milieu de ce salon et n'a aucun remord à lire ses lettres. Les paroles s'enchaînent tellement vite que cela semble irréel à certains moments. Elle se dit qu'autant jouer le tout pour le tout. La réaction chez Sienna ne se fait pas attendre. Cette dernière ne digère pas les propos de son ancienne amie. Elle reprend la parole mais ne termine pas sa phrase. Son visage ne dispose plus de l'assurance tant de fois exposée. Au contraire, la brune ressemble presque à une enfant timide qui aurait peur de faire le premier pas. Le fantôme d'une larme semble animer son faciès alors qu'en face, Anastasia reste de marbre. Elle n'a pas envie de s'excuser pour cette lecture, encore moins d'entendre son amie s'excuser et faire mine d'être désolée. Pourtant, très vite, la situation échappe à la danseuse. Ainsi, Sienna lui tourne le dos et commence à déambuler dans la grande demeure. Elle n'hésite pas à grimper les escaliers la menant à l'étage. D'abord pantoise, la ballerine soupire d’exaspération et s'avance pour suivre son amie. Elle presse même le pas, réalisant que la suite pourrait encore plus envenimer les choses. Sa respiration devient plus forte et résonne dans la cage d'escalier trop silencieuse. En arrivant en haut, la danseuse se dirige dans sa chambre et observe le corps fin de Sienna en train de s'articuler par-ci et par-là. Elle fouille comme une voleuse en action et disperse plusieurs boîtes sur le sol de la chambre. Le cœur d'Anastasia s'emballe et elle redoute la suite. Puis le couperet glisse dans la pièce. La mexicaine se redresse et tient entre ses mains une pile de lettres. Toutes celles que la danseuse a écrit durant son absence. Il y en a certaines qui incarnent une ode à la haine, d'autres qui résonnent comme un appel à l'aide. Des bouts de papiers restés sous silence durant tout ce temps. Anastasia manque de s'approcher pour les arracher des mains du Sienna. Mais c'est sans compte sur le caractère de haut vol de cette dernière. Ses premières paroles font rire la ballerine. Sienna n'est pas responsable en totalité de sa déchéance soit. Mais c'est elle qui a amené la fin. C'est sa faute si Anastasia est encore moins capable de faire confiance aux autres. Si à présent, elle préfère agir seule sans tenir compte des personnes autour. Elle veut plus se lier d'amitié avec quiconque, encore moins tolérer d'être prise pour la pire idiote de l'univers. La lecture des lettres débutent. Elle sélectionne des passages de ta haine et n'hésite pas à bouffer chaque mot. La danseuse observe son amie sans bouger, pourtant. Elle ne veut pas l'empêcher de mener son grand numéro, comme la plus grande reine du drame. Elle attend et se dit que son tour viendra. Les mots continuent à fuser et contre toute attente ça devient douloureux. Anastasia commence à avoir mal de l'entendre. Elle commence à avoir envie de l'entendre se taire. Elle veut plus écouter ses propos mots et se dit que cette soirée est une idée absurde. Si au début de la conversation, Sienna semblait énervée et irritée par les lettres, maintenant l'inverse s'opère. Anastasia le remarque presque aussitôt. Ce n'est plus la fille déchaînée d'habitude. Ce n'est plus non plus une fille que rien n'atteint. Son visage se ferme par moment et il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer la présence de quelques larmes. Quand elle termine son discours, c'est les lettres qui valsent vers la ballerine. Cette dernière entrouvre la bouche et détaille le regard de son amie. Elle veut pas de tout cela. Elle veut pas achever Sienna ou l'amener à se sentir coupable de tout. En vérité, elle ne sait même pas quelles sont ses envies. Au fond, Sienna lui manque terriblement. Tout lui manque. Les moments de complicité, le sourire tendre de la brune, ses blagues, sa façon de s'en foutre de tout, sa façon de veiller sur Anastasia. Tout. Absolument tout. Elle sait pas comment lui dire alors cet acharnement a pris le dessus sur le reste. D'abord inerte, la danseuse finit par bouger. Elle s'avance vers Sienna et coupe court à la distance apposée entre eux. Sa main remonte dans la nuque de son amie et son pouce roule sur sa joue. Elle chasse ainsi les quelques larmes et la noirceur de son regard transperce celui de la mexicaine. « Ne pleures pas. » Elle effleure son visage avec une tendresse rarement trouvée. Elle a pas l'habitude de se comporter ainsi, encore moins de faire des efforts pour mettre sa rancœur de côté. Mais l'attitude de Sienna laisse penser que pour le coup, elle est vraiment désolée. Qu'elle ne s'y reprendra pas à deux fois à la trahir ainsi. Anastasia lui en veut encore – mais ne le montre plus tant que ça. Leurs visages apparaissent plus proches que jamais au moment où la danseuse observe ses yeux puis ses lèvres. L'espace d'une seconde, elle a envie de tendresse en retard. Elle veut sentir qu'on fait attention à son corps trop fin et à ses fêlures trop présentes. « Je veux pas te faire du mal. » A ses mots, elle déporte ses mains contre la taille de Sienna. Un geste tactile qui fait que ses phalanges frôlent sa peau, passant sous le tissu de son vêtement. L'échine est douce, sans doute parfumée et sucrée. C'est en tout cas ce que se dit la danseuse. Tout ce qui se passe dans cette chambre devient trop étrange. Pour la ballerine et pour son amie qui ne peut s'empêcher d'avoir un regard perplexe. « Ton absence m'a fait perdre la tête. J'ai cru crever sans toi. Tu as été la seule à pas me chasser même en connaissant mes faiblesses. J'avais cruellement besoin de toi, Sienna. » Elle se livre avec une voix moins captivante et sanglante qu'auparavant. Elle dit seulement la vérité. C'est une manière de lui montrer qu'elle lui manque et qu'elle a besoin de la retrouver. Pas pour quelques heures mais comme avant. Sans Sienna, elle sait que sa vie est encore plus brisée. Elle repousse Sienna vers l'arrière sans que ses mains ne quittent sa taille. La marche durant quelques secondes et le dos de la concernée frappe l'armoire. Son index contourne ses côtes et remontent vers sa poitrine. Anastasia ne sait pas pourquoi elle agit ainsi. Un besoin de réconfort. Un besoin de la retrouver. Elle veut aussi lui montrer qu'au fond, l'une sans l'autre, ça ne peut pas fonctionner réellement. C'est comme ça. C'est Sienna et Anastasia. Pas Sienna sans Anastasia. Elle frôle le contour de sa mâchoire et la regarde dans les yeux. « Promets le. » Elle marque un temps d'arrêt et voit ses yeux se remplir de petites larmes. « Promets le que tu m'abandonnes plus maintenant. J'y survivrais pas. Je le sais. » Elle se sent aussi fragile qu'une petite entité minuscule. Puis sans réfléchir, ses deux mains agrippent son cou. Elle l'embrasse comme jamais elle aurait pensé à le faire. Elle veut seulement goûter ses lèvres et en retenir le goût. Ainsi sa langue cherche celle de la mexicaine et elle s'abandonne à tout cela. La passion prend le pas et le baiser devient encore plus fort, plus dévastateur. Il y a même ce goût particulier qui vient s'éteindre contre la bouche de la danseuse. Elle ferme les yeux et ses mains descendent pour caresser les courbes de Sienna. Quand enfin elle ose se décoller de son corps, Anastasia réalise qu'elle a merdé et que tout ça n'a pas le moindre sens. Pourtant ça lui a fait du bien, ça lui a fait oublier un peu au moins. « Je ne sais pas ce qui m'a pris. » Elle cherche pas à se justifier. Elle comprend pas c'est tout. Alors perdue pour perdue, elle se cagole du corps de Sienna et sa tête termine au creux de sa nuque. Son souffle y vaque en tout décontraction et elle remonte près de son oreille pour y souffler quelques mots. « Reviens-moi, maintenant. » Ce n'est pas qu'une requête. C'est un supplice qui résonne dans la chambre silencieuse.
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