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✬ ARTICLE DEUX : ALL COMES DONE.

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MessageSujet: ✬ ARTICLE DEUX : ALL COMES DONE.   Lun 14 Juil - 12:25


article numéro un
- glory and gore -



Le calme retrouvé de la ville n'aura au final duré que quelques semaines. Quelle ironie me dirais-vous. Une explosion. Un nouvel événement sanglant pour tout remettre en cause. Et ce spectre qui rôde sur les épaules les plus frêles. Caïn. Un groupe d'individus qui semble prendre un malin plaisir à semer la terreur et à faire vivre le souvenir des actions dégueulasses et malheureuses du tueur. J'ai eu vent de discuter avec un officier de police. La seule chose que ce dernier a su me dire est qu'il s'agissait d'une blague, d'une plaisanterie qui finirait bien assez vite. Une plaisanterie ? Mais où vous-t-on ? Une plaisanterie oui qui - de toute évidence - n'amuse que les protagonistes principaux. Au milieu de ce chaos, Warner tente de se défendre tant que possible. Ce dernier est d'ailleurs apparu quelques heures après la funeste explosion, pour une conférence de presse visant à rassurer la population. Son ego bien ficelé n'a été bon qu'à balancer quelques bribes d'informations, des promesses, encore et encore. Ce dernier continuant de prôner qu'il était l'unique individu à même de redorer le blason de Minneapolis et de remettre l'ordre définitivement. Quel utopisme. La violence ne diminue pas. Tout recommence. Comme avant. Rien ne pourra arrêter les actions de ces puristes. Rien, ni personne. La violence ne se contrôle pas ainsi. J'ai d'ailleurs choisi - pour alimenter - mon article, de publier un commentaire laissé par un pauvre anonyme sur mon blog. Un anonyme qui semble rejoindre le fond de ma pensée et sans doute celui de beaucoup d'habitants de la ville. Monsieur Warner devrait peut-être prendre la peine d'y jeter un coup d'oeil, avant de s'avancer trop vite...

NOM D'UTILISATEUR ○ anonyme.
COMMENTAIRE ○ Chère mademoiselle Wilsworth,

J’hésitais à vous appeler Aubrey, mais j’eus peur que cette familiarité ne vous importune.

Passer par votre intermédiaire me paraît être le seul moyen pour exprimer réellement ce que je pense. On me dit souvent, il est vrai, que ce que je pense n’a aucune importance. Mais vous êtes journaliste, et je ne vous connais pas. Alors peut-être que pour vous, et pour d’autres, c’en aura.

Je ne comprends pas comment fonctionne cette ville, et quelle est la politique du maire Warner. Ment-il ? Cela semble être la question existentielle en ces temps d’élections. Mais, bien sûr qu’il ment. Je ne vois même pas en quoi cela a pu un jour soulever une question. Tout le monde ment. En politique, on est bien souvent obligé de mentir. Mais j’ai réfléchi, vous savez. Parfois, je marche dans les rues de Minneapolis, et je me demande ce qui ne va pas.

Le maire ne comprend pas que la criminalité ne disparaîtra pas s’il ne fait qu’augmenter les effectifs de la police, et durcir les règles. Peut-être que ç’a fonctionné jusque là, mais soyons honnêtes : s’il y a eu des résultats, ils ne dureront pas, et tout stagnera, misère y compris ; la criminalité y étant étroitement liée, elle continuera malgré tout de progresser. J’ai souvent l’impression, alors, que le problème n’est pas compris. Et s’il ne l’est pas, comment espérer le prendre à la racine ?

L’an dernier, j’ai vu un clochard pleurer sur le cadavre de son chien. Je me suis arrêté, et je lui ai demandé ce qui s’était passé. Il m’a dit qu’il l’avait tué. Alors, j’ai eu envie de l’étrangler. De lui faire payer son geste, sa cruauté gratuite. Mais je n’ai rien fait. Il a ajouté, en sanglotant, que le chien mangeait toujours le peu d’aliments qu’il arrivait à trouver. Qu’il avait trop faim, qu’il n’en pouvait plus, qu’il avait fallu faire quelque chose. Il n’avait pas assez d’argent pour s’acheter à manger et vivait de ce qu’on lui donnait. Il ne pouvait plus se permettre de voir son chien tout manger à sa place. Donc, il l’avait tué. Je lui ai demandé, alors, s’il était débarrassé d’un problème, pourquoi pleurait-il ? Il m’a répondu que son chien lui tenait chaud. Et l’empêchait d’être seul depuis qu’il avait perdu son travail et son appartement. Je lui ai dit de chercher un travail, et il m’a dit qu’il n’y en avait pas pour les gens comme lui, ceux qui n’avaient aucun diplôme, aucun toit, pas d’argent. Il m’a demandé ensuite une pièce. J’ai refusé. Il a voulu savoir pourquoi. Alors je lui ai expliqué.

Le mois passé, j’avais donné une pièce, justement, à un autre clochard. C’était quelque chose que je n’avais jamais fait de ma vie, et je voulais voir ce que cela faisait. Il m’a remercié chaleureusement, et j’ai éprouvé une sorte de satisfaction. Je suis tout de même resté déçu par l’expérience, mais là n’était pas l’histoire. À peine avais-je fais quelques pas que le clochard redemandait de l’argent à une vieille dame derrière moi. Elle a refusé, poliment mais un peu gênée, bafouillant, au lieu de l’ignorer comme les autres font tout le temps. Je crois que ça n’a pas plu au clochard, qui s’est levé et lui a volé son sac avant de partir en courant. Moi non plus, ça ne m’a pas plu. Qu’il fasse ça, s’entend. Voilà pourquoi je n’ai plus rien donné.


Les gens sont poussés à la violence par leur misère et leur désespoir, et tout ça à cause de quoi ? Ils perdent leurs emplois, leurs toits, leurs proches, s’enfoncent dans une vie dont personne ne fait rien pour les sortir. J’aimerais dire au maire qu’au lieu de fermer les parcs aux sdf pour la nuit, il ferait mieux de leur prêter un peu de soutien. La misère entraîne la violence, et je me demande seulement s’il a fait le rapprochement entre les deux, mademoiselle. À en écouter son discours si prometteur sur son futur mandat, je ne crois pas. Qu’a-t-il dit déjà ? « Ces criminels de bas-étage qui estiment pouvoir semer la peur dans tous les quartiers. Ces tensions qui restent croissantes comme si le fantôme de Blacknight rôdait encore. Sachez que tout cela va changer. Que l’autorité va revenir en trombe pour vous aider, vous, fervents habitants de la ville. » Et ensuite ? « Avec moi, vous partirez dans une nouvelle ère pour la ville. Une ère où le respect, où l’autorité, la droiture et l’ouverture aux autres seront de mise. » J’ai eu le sentiment, en écoutant cela, qu’il n’avait strictement rien compris au problème. La surface, il la tient, il l’a bien vue. Mais le fond ? Par pitié, élisez quelqu’un qui sache. Ou bien informez le maire.

Informez-le que la cause première de la criminalité est la misère, et les mauvaises conditions de vie de ces gens. Pourquoi dealer ? Pour le fric. Pour arrondir ses fins de mois, ou même s’en créer, tout simplement. Beaucoup trop de chômage. Beaucoup trop d’injustices. Devrions-nous rappeler quel est le salaire du maire ? Ne pourrait-il donc pas l’abaisser, et mettre l’argent récupéré à la création de nouveaux emplois ? Comment peut-on avoir réellement confiance en quelqu’un qui exerce un mandat dans le simple but de s’en mettre plein les poches pour le reste de sa vie, alors que d’autres crèvent sur le trottoir ? Et pourquoi est-il payé autant ? Parce qu’il est maire ? C’est une fonction, c’est sa profession, un métier comme les autres. Il ne devrait pas être payé ou élu pour son importance, mais pour la qualité de son travail. Ce qui, je pense, est loin d’être le cas. Payé pour avoir envoyé Rosenberg sous les verrous, sans preuves totales de sa culpabilité. Logan Ackerman est mort, certes, mais d’autres semblent n’avoir aucune envie de croire à la culpabilité du Dr. Rosenberg, et le combat a déjà repris. Je crois que réélire Warner, s’il ne prend pas conscience de l’ampleur du travail à accomplir, et qu’il ne s’agit pas uniquement d’augmenter les effectifs de la police pour endiguer le problème de la criminalité, est une très mauvaise idée. Je crois que sa réélection contribuera à enfermer dans leur bulle dorée ceux qui sont déjà relativement aisés, et à laisser cloîtrés dans leur misère — et leur peur en plus — ceux qu’il appelle criminels de bas-étage, délinquants, petites gens et pauvres, mais qui devraient être, en réalité, sa principale préoccupation. Ils sont plus nombreux que ces bourgeois aux poches débordantes de fric, et ce sont eux qui votent. Mais il l’oublie. Ou il s’en fout. Il les foutrait tous sous les verrous s’il le pouvait. Des gens qui veulent seulement vivre, et se sortir de là, arrêter d’être considérés comme les rebus de la société. Il devrait y réfléchir. Mais il ne le fait pas. Et cela causera sa perte, du moins je l’espère. Je l’espère sincèrement.

Le brasier qui prend à Minneapolis ne me dérange pas, je me contente de regarder les flammes grandir, et je le dis en toute sincérité. Mais il attriste à juste titre des gens qui ne le méritent pas, et auxquels je tiens. Sauf que s’il ne brûle pas, personne ne se préoccupera de ces gens. S’ils ne disent rien, on ne s’inquiétera pas pour eux. Pour quoi faire, puisqu’ils se taisent et ne protestent pas ? Ils essaient juste de se faire entendre, mademoiselle Wilsworth. Mais le maire refuse d’écouter. Laissons-les faire, jusqu’à ce qu’enfin quelqu’un ne se décide à voir les choses dans le bon sens, et à les faire sous le bon angle.

Je n’ai aucunement la prétention de dire que j’ai compris le problème, ni même que j’en ai une solution. Mais vous, journalistes, vous vous battez pour que les soucis soient réellement traités. Vous luttez en vous exprimant librement. Et bien, j’essaie de faire un peu la même chose, en cet instant — à la différence que je ne suis pas, moi, journaliste. Sûrement comprendrez-vous donc.

Je vous remercie de m’avoir lu, si vous l’avez fait. Le cas échéant, je me serai tout de même exprimé.

Bien à vous, mademoiselle.
Bonne journée.


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